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La réduction du nombre de fonctionnaires américains a été l’un des thèmes de la campagne présidentielle aux États-Unis, alors que les budgets à la baisse affectent déjà le fonctionnement de certaines administrations.

“It’s time for us to cut back on government and help the American people.” La petite phrase du candidat républicain Mitt Romney lâchée au début de l’été – “Il est temps pour nous de réduire les dépenses du gouvernement”, a placé l’avenir des fonctionnaires américains parmi les sujets phares de la course à la Maison Blanche. Un thème particulièrement sensible alors que les annonces de licenciements d’agents publics se multiplient à l’échelle des États et des municipalités – 700 000 suppressions de postes depuis 2009, principalement dans les écoles, les commissariats ou les postes de pompiers, une tendance qui devrait s’accentuer selon un récent rapport de la National Governors Association et de la National Association of State Budget Officers – comme au niveau fédéral.

Érigé en priorité nationale par les républicains, le débat sur la chasse aux dépenses publiques a poussé le candidat-Président Barack Obama à promettre, lui aussi, d’accentuer la baisse du nombre de fonctionnaires de l’administration centrale – quelque 2 millions d’agents – qui, pour la première fois depuis cinq ans, a reculé en 2011. Quelle que soit l’issue du match entre le républicain Romney et le démocrate Obama, l’administration centrale américaine s’apprête donc à vivre quatre années compliquées.

Recettes du fisc en baisse.

Le problème est que les suppressions amorcées l’année dernière – on parle de 0,5 % de la federal work force – impacte déjà fortement le fonctionnement de certains services. Au sein de la puissante administration des impôts (IRS), les budgets en baisse de 6 % en 2011 se sont traduits par un recouvrement d’impôts lui aussi en baisse de 4 milliards de dollars, selon les chiffres du Syndicat national des employés du Trésor.

La présidente de ce syndicat, Colleen Kelly, observait récemment : “Les examens de situation sont moins nombreux, les employés sont moins disponibles pour aider les contribuables et l’IRS recueille moins de revenus, ce qui signifie moins d’argent pour les autre organismes publics…” Faute de personnels disponibles, l’IRS aurait répondu à 11 millions d’appels téléphoniques pendant la période de recouvrement contre 13 millions d’appels un an auparavant.

Même constat à la Social security administration (SSA), la “Sécu” américaine, qui a alerté le Congrès sur son incapacité à suivre la cadence alors que ses effectifs ont été réduits de 6 % en 2011, soit une baisse de 4 500 employés. Pour compenser les départs en retraite non remplacés, la SSA a incité ses agents à travailler en heures supplémentaires. Mais c’est insuffisant pour couvrir les demandes du public, a affirmé au comité sénatorial des finances le commissaire de la SSA, Michael Astrue. Conséquence : la Sécurité sociale a commencé à fermer ses bureaux au public une demi-heure plus tôt chaque jour. En attendant des fermetures probablement encore avancées en 2013, alors que les ressources budgétaires revues à la baisse imposeront de nouvelles réductions de personnels.

Les syndicats penchent pour Obama.

Dans un pays de tradition libérale où la perception du rôle de l’État et des fonctionnaires n’est pas la même qu’en France, certaines voix commencent à se faire entendre pour dénoncer les possibles dégâts des restrictions sur le fonctionnement de la puissance publique. “Si vous continuez à descendre le curseur vers le bas, quelque chose va finir par se casser”, a déclaré John Palguta, du think tank The Partnership for Public Service. John Palguta dénonce des coupes menées dans l’administration dans une logique purement comptable sans vision sur le long terme. Au point, craint-il, que le gouvernement fédéral pourrait n’être plus capable d’assumer à l’avenir des situations exceptionnelles telles que le chaos créé par l’ouragan Katrina voilà quelques années.

Mitt Romney ou Barack Obama ? Les syndicats de fonctionnaires, habitués à manifester clairement leur soutien lors des élections présidentielles, à la différence des organisations françaises, semblent pencher pour le second. “Le Président Obama a préservé plus de 300 000 emplois publics au niveau national et local, relève ainsi le Service employees International Union, l’un des principaux syndicats d’agents publics du pays. Il a prévenu le licenciement de policiers, de pompiers, de travailleurs sociaux, de professeurs…” Avec Barack Obama, les coupes programmées dans l’administration seraient peut-être moins lourdes qu’avec Mitt Romney, estiment les syndicats. Réponse dans les années à venir.

Quelques repères.

France : des effectifs mieux protégés, pour l’instant…

Pendant la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy et François Hollande se sont opposés sur la manière de résorber les déficits publics. Alors que le Président sortant promettait de poursuivre la règle du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant en retraite, son adversaire socialiste préconisait la stabilité des effectifs de l’État sur la durée du mandat tout en recrutant quelque 60 000 enseignants, policiers, gendarmes et personnels de justice.

Quelques mois après l’élection de François Hollande, les ministères non prioritaires doivent très sérieusement se serrer la ceinture pour compenser les créations de postes à l’Éducation nationale, à l’Intérieur et à la Justice : 12 298 postes seront ainsi supprimés, selon le projet de budget 2013. Aux États-Unis comme en France et dans la plupart des pays occidentaux, les effectifs de fonctionnaires sont largement impactés par la lutte contre les déficits. Mais le secteur public français semble – pour le moment ? – mieux protégé qu’ailleurs.

En chiffres :

Nombre d’agents fédéraux : 2,1 millions

Population américaine : 315 millions d’habitants

Réductions budgétaires : - 6 % aux impôts (IRS) et à la “Sécu” (SSA) en 2011

Sources : Sylvain Henry, pour le site acteurspublics.com